Visite chez Marie-Thérèse Chappaz, à Fully en mai 08

En matière de viticulture -ce n’est pas nouveau, Marie-Thérèse Chappaz a placé la barre très haut. Exigeante où plutôt intransigeante, elle a fait progresser ses vins, sa conception du vin (tant d’un point de vue pratique depuis la vigne jusqu’aux chais, que d’un point de vue intellectuel voire idéologique) a un niveau certainement unique aujourd’hui en Valais et en Suisse.

Vigneronne désormais connue et reconnue, elle ne ferme pas pour autant son domaine aux particuliers alors que la demande régionale (Suisse romande) que hors de nos frontières est chaque année plus grande, et pourrait l’y autoriser. Songez au nombre de bouteilles ouvertes à la dégustation durant les deux mois où la cave est ouverte, et qui pourraient être vendues pour rendre la Cave de la Liaudisaz plus attractive d’un point de vue financier.


L’amateur est toujours accueilli à Fully avec le même plaisir et l’ensemble des vins est proposé à la dégustation. Marque d’attention suprême, Marie-Thérèse s’attache à demander en retour un avis sur ses vins, moment de convivialité qui permet aussi d’expliquer certains de ses choix.
Raison de plus de faire « pèlerinage » une fois l’an à la Liaudisaz, où une dégustation est toujours un bon et souvent un grand moment. Outre les nouveautés en cave, on repart convaincu que la vigneronne reste fidèle à elle-même, à ses convictions -même si ce n’est pas ce que l’on est venu tester.

Malgré le degré d’exigence de la vigneronne, mais aussi en raison des caprices de la météo, la dégustation peut apporter son lot, éventuel de déceptions (comme chez tous les autres vignerons après tout). Il faut savoir les accepter.
De fait, saluons l’innovation créatrice de la vigneronne, N’oublions pas qu’un domaine viticole se doit d’être viable économiquement, et que la dégustation est un art difficile, où l’erreur est plus fréquente qu’en …vinification.

Ci-dessous, les vins dégustés ce vendredi : (seules les dôles n’ont pas été dégustées).
Encore bien gêné par mes allergies printanières, je me suis moins intéressé à l’expression aromatique que gustative des vins.

Parcelle de ceps de marsanne octogénaires (avril 06)

Fendant Mon Puinée 07 : je n’ai pas aimé ce fendant tel qu’il se présentait : Co2 important, une touche amère prononcée, un fendant sans grâce en l’état pour moi. Certainement bousculé par la mise récente.

Fendant Les Bans 07 : parcelle qui se trouve à Martigny. Belle note de quinquina en bouche. Si j’ai apprécié la fraîcheur et la longueur tout à fait correcte de ce vin, j’ai trouvé la matière trop souple, manquant peut-être autant de corps que de caractère.
A revoir, car Marie-Thérèse a innové sur ce millésime : pas de fermentation malolactique.

Fendant des coteaux de Plamont 07 : Nez plaisant, frais. La bouche séduit par son équilibre, son gras, sa finesse. La finale possède un bel amer. Fendant déjà fort agréable.

Fendant Président Troillet 07 : voila un fendant à caractère fort. La minéralité est plus à son avantage que sur les autres terroirs : un vrai fendant de terroir. La bouche est aussi plus riche que celle des autres vins. Bel amer en bouche en finale, et, à nouveau, une note de quinquina.

Grain cinq 07 : assemblage de cinq cépages, dont les vignes se trouvent sur le domaine des Claives à Fully. Soit : pinot blanc, païen (savagnin blanc), sylvaner, arvine et ermitage. Voici donc un vin de terroir sans notion de cépage, en recherche (sic !).
J’ai trouvé l’ensemble gras, fin, riche en fruit et joliment équilibré. J’avoue toutefois ne pas comprendre l’idée de recherche de la vigneronne : cinq cépages dans un vin, cela fait un peu « pot-pourri ». Réserve-t-elle réellement un avenir à cet assemblage ?

Petite arvine 07 : Beau nez classique, mûr, la bouche m’est parue un peu souple, mais surtout un peu brûlante (le degré alcoolique est proche de quinze degrés). La finesse dès lors en retrait. Je trouve également l’élevage en barrique est un peu trop appuyé.

Ermitage 06 : nous nous interrogions sur ce vin (fade et dilué) quand la vigneronne s’est rendue compte que le vin servi provenait d’une bouteille oubliée dans l’armoire frigorifique.
Très belle robe or, nez puissant sur la framboise, bouche grasse, fraîche malgré la présence de l’alcool à nouveau. La finesse et le toucher de bouche sont remarquables. Un vin complexe, doté d’une très belle longueur. Il devrait avoir un très bel avenir devant lui. Le vin blanc le plus aboutit de cette dégustation. Pour la première fois il a fait sa FML.

Grain de Pinot « les Esserts » 07 : un vin de pinot concentré, au fruit mûr. La bouche n’a pas la grâce légère du millésime précédent, qui se présentait davantage sur la verticalité. Bouche veloutée, dense, les tanins sont gras, ronds. Belle longueur. Parait plus gourmand. La cuvaison a été faîte en grappes entières (seule la grosse rafle du sommet a été retirée). La vigneronne demandait de déguster le vin avant de se décider à l’acheter.

Grain sauvage, Humagne rouge 07 : joli nez très fin, floral, sur la violette. La bouche est concentrée, dotée d’une belle acidité. L’ensemble est digeste, frais, de bonne longueur. Parcelle de vignes de 20 ans d’âge.
Présenté en magnum (300).

Grain mariage 07 : assemblage de cornalin et d’humagne rouge. « Cette année, chez moi, le cornalin a souffert un peu du mois d’août et, seul, il lui manquait quelque chose que l’humagne rouge lui a apporté, il est devenu sa tendre moitié ».
Seule l’attaque m’a paru un peu molle. Sinon, cet assemblage séduit par son fruit, sa minéralité, sa rondeur. Un vin très plaisant, certes, mais à boire tel qu’il se présente, car il n’y aura peut-être pas de noces dans les années à venir.

Grain syrah 2007 : beaucoup de fruit, de fraîcheur, en bouche grande concentration, mais très bel équilibre et belle longueur. Elevage en barrique très bien dosé : Marie-Thérèse a utilisé des merrains de une à trois années. Mon vin préféré aujourd’hui dans les vins rouges car son harmonie apporte une classe à part à ce vin (qui s’est vu reprocher son manque se typicité).

Grain noir 06 :
il venait d’être embouteillé, et cela explique qu’il soit le plus revêche des vins de la cave. Très marqué par le merlot, cet assemblage bordelais « made in Valais », a du corps, du tonus (belle acidité), un fruit mûr (réglisse, pruneau). Un vin complet.

Grain doux 07 : beaucoup de fruit, un volume moyen, très « moelleux », en finale, la note citronée apporte une touche tonique supplémentaire. Bien.

Malvoisie 06 : vigne située à Leytron. Beau fruit, qui oscille entre le miel et les épices (cannelle). Une liqueur fraîche et franche, grasse, sans la moindre lourdeur. Belle longueur.

Grain Noble 05 : encore une nouveauté : ce Grain Noble allie une autre noce : l’assemblage des barriques de petite arvine (1/3) et d’ermitage (2/3). C’est l’harmonie générale de ce vin qui frappe d’emblée, le toucher de bouche est souverain, conquérant. L’intensité des arômes au nez cède le pas à la complexité de l’ensemble. La finale est royale, infinie. Outre des cols de 50 cl classiques, j’ai obtenu des bouteilles de 75 cl. Quelques magnums ont également été embouteillés.

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