Vinéa 2014, souvenirs de dégustation

En dépit d’un programme presse toujours très rempli, j’ai pu passer beaucoup de temps dans la rue Vinéa, parmi les quelque 8.000 personnes qui auront fait le déplacement à Sierre.
Morceaux choisis de mes visites aux stands, sans ordre aucun :

A la Cave d’Anchettes, de Venthône, Jérôme Berclaz m’a fait déguster des vins globalement bien typés, et pas toujours en place, ce qui est logique car certains ne sont pas encore embouteillés (ils sont tirés de la cuve pour être présentés au salon). Je connais toutefois bien les vins de cette cave, ils se révèlent  avec un peu de temps, on n’est donc pas surpris d’en découvrir un fortement réduit (le pinot noir). Ici, les vinifications se déroulent avec le strict minimum d’intervention humaine, et l’on y travaille sans levures exogènes.
Les contacts indirects avec le vigneron se font par téléphone ou fax, Jérôme se refusant à avoir une adresse mail et un site Internet, aujourd’hui comme demain promet-il.
Cette cave possède un grand nombre de vins de cépages (il y a eu une activité de pépiniériste) est un peu un refuge hors du temps. A ne pas négliger pour autant! Mes vins préférés dégustés au stand : l’humagne blanche, le viognier, le riesling et l’humagne rouge, tous millésimés 2013.

Chez Serge Heymoz, la Cave des Sentes, à Sierre, les vins de cépages restent fort intéressants. Encore dans leur jeunesse, ils sont  marqués par la fraîcheur du millésime, le 2013. C’est surtout le cas du Heida, et de la Rèze (cette dernière possède 08 gr de SR, accidentels m’a dit le vigneron). L’Ermitage 2013 est vineux, voire costaud et demandera du temps. Fort jolie syrah 2013, sauvage et épicée, et aussi humagne rouge 2013.

Chez Denis Mercier, de Sierre, nous avons beaucoup parlé de la Dôle, de Jacques Dupont, chroniqueur au Point qui s’est rendu à la cave récemment et en a réalisé un article. Parmi les vins dégustés :  la dôle, toujours bien faite, très fruitée, un pinot noir soyeux et équilibré, sans recherche de densité, mais sur la fraîcheur. Le cornalin 2012 est déjà bien accessible, tant au nez qu’en bouche. Je lui ai toutefois préféré la syrah du même millésime, plus complexe, plus prometteuse dans le temps.

Chez Maurice Zufferey, de Sierre/Muraz : mon coup de coeur absolu du week-end est allé au cornalin élevé en barrique : Viouc. Un vin racé, d’une élégance magnifique, complexe tant au nez qu’en bouche. J’ai été moins séduit par d’autres cuvées, comme le chardonnay barrique Zirouc, où l’assemblage Zirouc. Mais il en faut pour chacun, le goût absolu n’existe pas, et c’est tant mieux. La cuvée Orchis, un assemblage de cépages rouges (vainqueur au grand prix des vins suisses il y a trois ans -de mémoire) est un vin également très fin et réussi, à l’image de la cuvée Viouc.

Avec André Darbellay, directeur de la Maison Charles Bonvin à Sion, j’ai redegusté  deux millésimes de la cuvée 1858 (pour lire la verticale réalisée au printemps, voir ici) et deux millésimes de cette cuvée en blanc. Une préférence pour le millésime 2011 en blanc, pour son équilibre et sa patine. J’ai préféré le 2012 pour la cuvée rouge, pour sa force, et sa puissance, non exemptes d’harmonie. Et un supplément de potentiel de garde aussi.

A la Cave Ste-Anne, de Sion, un vin marquant et 2e coup de coeur du week-end : la syrah 2013. Complexe, concentrée, mais d’une  grande finesse. Une très belle syrah, et 30 CHF très bien investis pour ceux qui vont l’acquérir !

A la cave la Romaine, de Flanthey, je me suis arrêté brièvement pour saluer Edith Briguet et Vincent Tenud, l’oenologue de la maison. Le programme presse nous invitant le lendemain un long moment à la cave, pour la découverte de quelques uns des vins et de ceux du Clos Tsampérho.

Chez Gilbert Devayes, de Leytron, la gamme des vins blancs est remarquable : le fendant 2013 (dégusté récemment et commenté sur le blog, voir ICI ), la petite arvine 2013 est à hurler. Encore que, Gabriel Tinguely de Weinlanschweiz se contente sobrement d’un  WOW (Wein ohne Worte).  Coup de coeur assurément !
Fort joli viognier 2013, et très beau Johannisberg 2013 (du cône de Leytron).
Voici quatre vins blancs d’une grande pureté. J’ai été moins séduit par les vins rouges.

Chez Thierry Constantin, Pont-de-la-Morge : ma préférence va au cornalin Aguares et à la syrah Odalisque (2011 l’un et l’autre), pour leur profondeur de bouche, leur complexité aromatique, la qualité de leur élevage. Mais belle petite arvine et sauvignon blanc 2013. Le viognier m’a paru un peu tendre à côté des deux premiers.

A la Cave des Deux Rives de Claude Fournier et fils, à Bioley/ Brignon, on cultive ses vignes sur le terroir de Vétroz. Ma préférence est allée au Fendant de Vétroz GC 2013,  doté d’une belle tension, minéral, long. la cuvée Champlong 2013 est plus florale.

A la Cave St-Gotthard de Véronic et Philippe Mettaz,  de Fully, j’ai bien aimé le fendant 2013 à la fois floral et fruité, agrémenté d’une petite note minérale. Un fendant frais et complexe très plaisant. Parmi les deux Petite Arvine, m’a préférence est allée sans conteste vers la cuvée Les Mûres, un bien joli vin de terroir et typé terroir. La cuvée de base possède un peu de douceur, non souhaitée.

Cave La Rodeline d’Yvon Roduit, de Fully : très jolie humagne blanche Raffort 2013 aux notes de fleurs blanches, d’un bel équilibre en bouche, à la fois fraîche et fine et de belle longueur. Le païen 2013 est un peu boisé aujourd’hui, mais compte tenu du potentiel du vin et du cépage, il n’y a pas de souci à avoir quant à cette évolution. Le toucher de bouche et l’équilibre sont remarquables. C’est un vin très élégant, fin et puissant, long
La Petite Arvine La Murgère 2013  a un nez dominé par une note de rhubarbe bien mûre, puis de pomelos. La bouche est puissante et vigoureuse, bien typée par la finale saline du cépage. La Marsanne Les Claives 2012 est elle aussi un vin de caractère et de garde. Le nez et la bouche sont légèrement marqués par le boisé, bien qu’il soit intégré. On relève des notes d’eau de vie de framboise au nez. La bouche est puissante et grasse, équilibrée et de belle longueur. A savoir attendre, c’est un vin de garde.

A Flanthey, à la Cave la Romaine et les vins du Clos de Tsampérho, pour une présentation de la cave au groupe presse Vinéa. Le plaisir de retrouver les hommes de la superbe cave et les …vins.
J’ai beaucoup apprécié l’humagne blanche 2013, intense au nez, avec des notes de fleurs blanches dont le lys, mais aussi  fruitées, : pèche, abricot. Une bouche d’une très belle finesse, franche, vineuse et nerveuse. Belle longueur. A savoir attendre pour laisser la finesse s’accentuer encore.
La cuvée Tsampérho I (vin blanc) 2011 est encore marqué par son boisé, mais de façon modérée. La bouche est grasse, ample, le vin n’est pas lourd, mais un petit supplément de tonicité aurait été le bienvenue. Cela reste un fort joli vin.
Le Tsampérho II (le vin rouge) possède un nez superbe, intense, complexe avec des notes associant la cerise rouge, le cassis, un soupçon de note de torréfaction. La bouche est concentrée, puissante, longue et fraîche. Un très beau vin, abouti, loin d’avoir encore révélé tout son potentiel.
A ces trois cuvées  j’ajouterai une mention au Johannisberg que j’ai aussi beaucoup apprécié. Un grand merci à Christian, Joël, Vincent et Emmanuel pour leur magnifique accueil et la grillade party délicieuse et très sympa.

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La salle de dégustation du Domaine Tsampérho et de la cave La Romaine

Le chai amphithéâtre

Le chai amphithéâtre

De retour dans la rue, je déguste les vins rouges présentés par Alexandre Delétraz, de Saillon, de la Cave des Amandiers :  Joli gamay d’Euloz 2013 : un nez un peu discret, mais la bouche est gourmande, bien que les tanins -très jeunes- accrochent un peu. Il suffit de lui offrir six ou douze mois. Le pinot noir possède de la fraîcheur et de la finesse sur un corps dense mais sans lourdeur. L’humagne rouge 2012 est intense au nez, avec des notes de cerise, de noyau d’amande. La bouche est sapide car fraîche, élégante. Elle possède aussi de la densité. Bel équilibre général et belle longueur. Le cornalin 2012 est vigoureux en bouche, mais équilibré frais, et long. Le cornalin Combe d’Enfer 2012 est lui aussi vigoureux, plus puissant, il parait austère à côté de son puinée. A attendre, car il est dans une période un peu ingrate compte tenu de son potentiel. La cuvée L’Amandier Rouge 2012 est un peu marquée par son bois actuellement, mais ce boisé est intégré. C’est un assemblage de cabernet sauvignon, de diolinoir et d’un soupçon de syrah. A savoir attendre. La Syrah 2012 est puissante, harmonieuse et longue. La cuvée Grain Noble 2011 est superbe, intense et complexe au nez : abricot, mirabelle, coing, poire. L’attaque en bouche est nette, puis la tension du vin canalise la riche liqueur. C’est un très beau liquoreux, qui est très élégant, d’une grande finesse, et qui offre une finale en queue de paon.
Au restaurant de Didier de Courten, la cuvée de Petite Arvine d’Anzé 2013 de ce producteur (la plus vive des trois qu’il produit) a enthousiasmé tous les convives. Le mariage avec le plat de « homard bleu à la Catalane, pinces en rillette à l’anchoïade et aux courgettes vertes, et l’abdomen en vinaigrette aux fruits de la passion » aura été exceptionnel. Grand vin et grand plat !

Chez Dominique Passaquay, Monthey : je déguste quatre vins rouges. Deux pinots noirs, la cuvée Le Montet 2013 est vinifiée et élevée en cuve. C’est un joli pinot noir, avec des notes d’amande, de griottes. La bouche est concentrée, fraîche et longue. La qualité des tanins est là, la finesse gagnera en intensité en offrant un peu de temps à ce vin. Le pinot noir Fontannes 2013 est quant à lui élevé en barrique. Le nez est un peu sauvage, avec des notes d’herbes aromatiques comme le romarin, moins sur le fruit donc. La bouche possède un supplément de finesse par rapport à la cuvée Le Montet, de gras aussi. Le gamaret 2013 bien que jeune se présente néanmoins comme un vin concentré et gourmand. Il a une belle qualité de tanins. Le merlot 2013 a connu la barrique durant 10 mois. C’est un vin concentré, mûr, avec des tanins serrés et gras. En dépit de cette concentration, l’équilibre est atteint. Un beau merlot ! Les vignes de ce vigneron se trouvent à Saxon.
J’avais dégusté les vins blancs à Mémoire & Friends. J’avais apprécié la finesse et le style des trois vins (fendant Les Combes, le pinot blanc Cirrus et le viognier), tous du millésime 2013.  Le pinot blanc étant une vraie réussite pour ce cépage. Comme quoi, bichonner ce cépage peut lui offrir des lettres de noblesse.

Chez Romain Papilloud, Cave du Vieux Moulin, à Vétroz, des vins toujours très bien réalisés. Avec une préférence ce jour pour la syrah et le cornalin. Le fendant Amandoleyre ou la petite arvine, restent de très beaux vins minéraux.

Domaine Croix Duplex, Grandvaux :  Simon Vogel était très satisfait de son premier Vinéa :  « il y a plein de jeunes, ils dégustent, sont intéressés et posent des questions, certains prennent des notes aussi ».  J’ai beaucoup aimé son gamaret 2010. C’est un vin qu’il a élevé durant 24 mois en barrique. Aujourd’hui, c’est une cuvée qui est prête et qui tiendra dans le temps. Elle est équilibrée, fraîche et dense, tannique, longue en bouche et fuitée bien sûr. La syrah du même millésime m’a étonné par sa concentration. Les vignes se trouvent à Ollon, dans le Chablais. Le fruité est bien là au nez. L’acidité porte le vin de bout en bout. C’est un vin gourmand. Très apprécié. Le Message 2012 est un assemblage de gamaret, de garanoir, de diolinoir et de syrah. S’il n’a pas la tension et la fraîcheur de la syrah, il n’en possède pas moins un bel équilibre et s’avère gourmand et long. Parmi les vins blancs : la cuvée Paradoxe 2011 est ciselée, le Calamin a de la classe.

Au stand de la Cave Cidis, à Tolochenaz, c’est Thierry Walz, le directeur de la cave, qui est au service : Très joli Doral 2013, de la gamme Expression : notes de fruits exotiques, d’abricot, la bouche est tendue, le gras est un peu en retrait, mais cela est peut-être dû à une température de service un peu basse.  L’Oeil-de-Perdrix Les Chaumes 2013 est très précis et complet : fruité, fin, tendu, long. Le Gamaret 2012 de la gamme Expression est fruité (fruits rouges), typé, mûr, équilibré, fin et long.  Un cépage qui me plait de plus en plus, je me dois de l’avouer. Si j’ai été moins séduit par le Mertlot Réserve 2011, dans un style qui ne me convainct  pas, j’ai par contre beaucoup apprécié la cuvée Intensus 2012. C’est un assemblage façon Ripasso me dit Thierry Walz, soit une refermentation du vin avec des lies, ce qui apporte un supplément de corps et aussi de degré alcoolique au vin.  Intensus est un vin que j’ai trouvé chaleureux (mais pas alcooleux !), étonnamment tonique en bouche, avec des notes épicées, de fruits noirs telle la myrtille, un très joli toucher de bouche (la qualité des tanins l’autorise). Belle longueur.

J’ai terminé mon Vinéa en trombe chez un dernier producteur, vaudois comme les deux précédents, et désormais un habitué du salon : Philippe Bovet, de Givrins.   Je suis bluffé par les cuvées présentées issues de la gamme Léman Noir, et par leur niveau de qualité. Des vins élevés entre 36 et 48 mois en fûts de chêne. Le Malbec 2011  issu d’une très jeune vigne, avec des rendements de seulement 300 gr au mètre carré offre une bouche ample, un fruit mûr et une longueur en bouche incroyable. Et il est servi par un élevage de grande classe. Le merlot 2010 élevé durant 48 mois est terriblement tentateur, suave et mûr.

Mais ce n’est pas tout ! à Lens, à la Fondation Pierre Arnaud, une dégustation mettant en lien des vins valaisans et des oeuvres de peintres surréalistes. animée par Madeleine Gay, oenologue chez Provins, et Christophe Flubacher, directeur scientifique de l’exposition « Un air de famille », où comment comprendre pourquoi et comment les artistes surréalistes se sont inspirés des arts primitifs (une exposition qui fermera ses portes dans trois semaines, avis aux amateurs).