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Magnifique visite chez Gian Battista Von Tscharner au Schoss Reichenau

Pour nous rendre au Château de Reichenau, nous avons quitté la Bundnerherrschaft, la région viticole historique des Grisons, parcouru le Rheinthal, puis dépassé Coire, le chef-lieu cantonal.
Cette imposante bâtisse, en forme de T, compte septante pièces sur deux étages. Elle possède une chapelle privée (l’homme est pourtant protestant) dans l’un de ses bâtiments. Dans ses annexes, un hôtel restaurant fait face au Château. Le restaurant était fermé lors de notre passage. Le propriétaire était à la recherche d’un nouveau maitre queue. Et bien sûr la cave.

En plus du domaine viticole (dont la majorité des vignes se trouve à Jenins dans la Bundnerherrschaft, mais aussi à Coire et à Felsberg), notre chatelain produit aussi près de deux tonnes d’asperges par an dans les terres sableuses du Rhin. Pour découvrir le château, je vous invite à vous rendre sur le site de Swisscastles

Nous nous installons dans un petit carnotzet dans les sous-sols du château pour réaliser notre rencontre et sa dégustation. 20141210_130643Nous évoquons le Completer pour débuter cette rencontre qui durera près de trois heures. Le vigneron a replanté ce cépage dès 1979 à Jenins. Durant de longues années, il avait deux parcelles à sa disposition. A la fin du contrat de location de l’une d’elle -la plus grande hélas, il ne lui reste désormais que la sienne, d’une superficie de 15 ares. La production de Completer est donc très modeste avec 300 bouteilles annuelles maximum. Le vigneron en a replanté un peu toutefois. Dans quelques années, lui, à moins que cela ne soit Johann Battista, son fils -formé en technologie des boissons à Wädenswill. et qui prend doucement le relais à la cave, pourra en proposer davantage à sa clientèle (deux tiers de restaurateurs et un tiers de clients privés). 20141210_134824

Gian Battista Von Tscharner avoue avoir de la fascination pour ce cépage, qu’il qualifie de « Reine des vins blancs de Suisse ». A l’instar de Giani Boner, il a opté pour des élevages longs, entre cinq et dix ans, uniquement dans de vieux fûts de chêne, pour ne pas changer le goût du vin. Elevage qui apporte une petite note oxydative. C’est le millésime 2008 qu’il vend actuellement.20141210_150249
A la question « qu’est-ce qui justifie le retour en grâce actuel de ce cépage dans la région », notre vigneron nous répond que ce sont les changements climatiques qui en sont la cause, car ils offrent la régularité qui lui faisait défaut pour que les baies atteignent les 98 à 100° Oechslé minimum pour réaliser de bons sinon de grands vins.

Généreux, passionné, et délicieusement provocateur parfois (il a vendu son vin du millésime 2005 trois fois plus cher parce qu’il était doux  avec 100gr de sucre résiduel en fin de fermentation alcoolique), le vigneron nous offrira une dégustation remarquable de neuf millésimes de son vin de Completer, dont cinq vins en bouteille et quatre en cours d’élevage. Un vin qui a de la constance au haut niveau. Je qualifierai même l’un d’entre eux de TGV (Très Grand Vin) pour reprendre à mon compte une expression très usitée par Jérôme Aké, le sommelier de l’Auberge de l’Onde à St-Saphorin.
Un moment d’éternité commenté ICI voici plusieurs mois déjà.20141210_145915

A propos d’une possible extension de la taille du vignoble cantonal, le vigneron vitupère : « les autorités ont fixé la limite maximale de la vigne à 600 mètres d’altitude et ne veulent pas y toucher. C’est regrettable, car avec le réchauffement climatique, quelques zones démontreraient que leur terroir est approprié à la culture de la vigne, et surtout capable d’y réaliser de grands vins ». Et de rajouter que l’agrandissement du vignoble, permettrait à certains de s’installer. 20141210_150534
Nous évoquons désormais le Pinot Noir. Le vigneron est connu pour être un « défenseur » du clone Mariafeld, aux rendements souvent très productifs. Il tempère toutefois, car il réalise des vendanges vertes depuis 1980, nous glissant -non sans malice- que la réglementation sur les rendements n’a suivi qu’en 1993. Pour cette cuvée, il a choisi une bouteille ronde et ventrue, « comme mon physique » dit-il en élevant le ton de sa voix tout en souriant. Une autre particularité de cette cuvée est que son étiquette change tous les ans. Le millésime 2009 dégusté offre un potentiel indéniable. Il est richement fruité, gourmand, fin et long. Et aussi, il s’est amélioré au contact de l’air. Une belle façon de tordre le cou à une mauvaise image !

Si l’ensemble des pinots noirs dégusté a montré le très bon niveau de cette cave, relevons que la cuvée Jeninser Blauburgunder « Tscharnergut » alte Reben (une bouteille dans une flûte alsacienne) sur les millésimes 2010 et 2011 (les pinots noirs ne sont vendus qu’après trois années d’élevage et d’affinage) étaient tout simplement remarquables.

Les vins du Schloss Reichenau sont à l’image de leur géniteur : généreux, volubiles et passionnés. Voici une cave que l’on ne peut qu’avoir envie de faire découvrir.20141210_150020

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