La Revue Bourgogne Aujourd'hui s'intéresse au pinot noir suisse

Dans son numéro 120, paru en début de mois, la revue Bourgogne Aujourd’hui s’est intéressée aux vins de pinot noir helvétiques. Avec 4300 hectares disséminés dans presque tout le pays, hormis le Tessin, « l’aire de jeu » était vaste. Les dégustateurs auront dégusté une sélection de 65 vins.
La question qui taraudait les membres de la rédaction était simple : Les vins de pinot noir suisses sont-ils une menace en terme de qualité pour les vins de la région de référence de ce cépage ?
Les enseignements livrés par les papilles françaises sont intéressants (je n’ai volontairement pas décortiqué ici l’article de A à Z), Je vous invite à vous rendre dans votre kiosque préféré et d’acquérir la revue pour en savoir davantage.
En voici quelques uns :
– l’a priori très confédéré disant que « le Valais est une région désormais trop chaude pour ce cépage délicat » n’a pas eu de prise sur les dégustateurs. Les vins sont décrits comme « chaleureux, gourmands, tendres ».  Des meilleurs vignerons,  il est dit qu’ils ont su adapter leurs pratiques viticoles et oenologiques, et que les vins « conservent finesse et charme ». Des caves obtiennent d’excellentes notes. Par exemple Claudy Clavien 17/20, Fernand Cina et la cave Ardévaz (famille Boven) : 16,5.
– des vins de Suisse alémanique : ils ont de la race et de la fraîcheur, mais parfois aussi des degrés alcooliques élevés. Plusieurs styles se dégagent. On lit aussi que certains boisés sont trop appuyés. Globalement, les vins sont très appréciés et les notes sont hautes. Le Weingut Donatsch obtient 17 et 17.5 avec ses deux cuvées. Gantenbein et Obrecht 17/20.
– chez les vaudois et genevois, ils saluent surtout la régularité du vigneron Jean-Jacques Steiner et son Ch. de Vincy qui les a éblouis. Avec trois millésimes consécutifs (2010, 11 et 12) il a obtenu trois notes : 17, 17,5 et 18. Sur les bords du Léman, pour eux, le meilleur est à venir.
– à Neuchâtel, les bourguignons ne manquent pas de saluer le travail de Jacques Tatasciore. Mais ils notent aussi bien, voire mieux les domaines De Montmollin et de Chambleau. Les vins obtiennent des notes allant de 15,5 à 16,5. Une « élite » tendrait-elle à se dessiner dans cette région ?BA 120
Le prix des vins.
Cette fois, un mythe tombe (de haut). Une belle part des vins suisses bien notés affichait un tarif départ cave de quelque 15 euros. La surprise était grande pour les bourguignons. Elle ne peut que me réjouir tant les tarifs bourguignons mettent souvent les vins hors de portée de nombre d’amateurs (je ne parle pas que de grands crus). C’est aussi une chose que je disais depuis de longues années.

terroirs G Fromm

Avec Georg Fromm (Malans, GR), la mention du terroir a déjà fait son apparition : Selfi et Fidler, mais aussi Schöpfi. Ne désespérez pas Christophe Tupinier !


Certainement à raison, le bourguignon devient professoral et fait la leçon. Il juge insuffisante la présence de la mention du terroir sur les étiquettes des vins dégustés (j’abonde). Il rappelle aussi que grâce à la possibilité de couper une cuvée à hauteur de 15 %, certains vins dégustés ont peut-être été …améliorés avec un autre cépage. Un argument qui fait d’autant plus mouche qu’il est dit avec mesure, sans crier au scandale (alors que cela pourrait être le cas). Bien sûr cela joue en défaveur de la bonne opinion pourtant si dure à acquérir.
En définitive, les vins suisses ne constituent pas une menace puisque leur part à l’export reste extrêmement faible. La qualité de nombre de cuvées est placée au niveau de très bons 1ers crus bourguignons. Voila qui ne peut que plaire. On rappellera, non sans malice, que nombre de vignerons suisses aiment à dire que la Bourgogne est la région qui offre les plus beaux vins de pinot noir, mais qu’elle produit aussi selon eux un nombre insupportable de piquettes indignes de leur région.
L’échelle de notation de BA  :
18 à 20 : vin hors normes.
15.5 à 17,5 : vin exceptionnel.
14,5 à 15 : très bon vin.