+ Le site hospitalier de La Chaux-de-Fonds, vieux de 50 ans, n’a jamais été entretenu comme il aurait dû l’être. Il a vu des extensions modernes (soins intensifs, scanner, radiothérapie, oncologie principalement) s’ajouter à un site conçu de façon médiocre (où est son isolation ?), et dont les chambres des patients et les unités de soins sont loin de posséder l’entier des critères de modernité.
A ces deux sites principaux, s’ajoutent ceux des anciens hôpitaux de districts : La Béroche, Landeyeux, Le Locle et de Couvet, transformés depuis l’hôpital multi-sites en centres de traitement et de rééducation, et aussi de gérontopsychiatrie. Le dernier établissement de l’HNE, situé à La Chaux-de-Fonds, est le centre cantonal de soins palliatifs de La Chrysalide. Une unité logée dans une maison de maître, qui compte 14 lits et qui possède également une unité mobile pour les patients suivis à domicile.
D’où la conclusion de certains : « Ne nous embarrassons pas, faisons de l’hôpital de Neuchâtel notre site cantonal des soins aigus et transformons celui de La Tchaux en hospice et centre de rééducation. De la sorte nous fermerons au moins trois sites sur sept, ferons des économies et gagnerons en efficience médicale ».
« Hola », répondirent les Montagnons ! « Notre pédiatrie a déjà été fermée. Et voici huit ans, quand il a fallu déplacer l’école d’ingénieurs du Locle à Neuch. pour plaire au gouvernement bernois, on nous avait promis la MATERNITE régionale et la PEDIATRIE en compensation. Or, le pôle mère-enfant est resté à Pourtalès. Et désormais vous voulez nous prendre ce qui nous reste des soins aigus ? Pas question » !
L’incompréhension dans les Montagnes est totale. Il faut faire des efforts, certes, mais le régime est toujours pour cette même région, quand la part du gâteau cantonal ne cesse de croître pour le Littoral.
Comment ne pas arriver à trouver une solution consensuelle qui satisfasse les 180.000 habitants du canton et qui attirerait des habitants des régions voisines (ce qui était le cas au début des années 2000, où de nombreux habitants du district des Franches-Montagnes (canton du Jura) venaient se faire soigner à « La Tchaux », et d’autres depuis le Jura bernois) ?
Dans le Jura bernois justement : avec deux sites éloignés de 37 kilomètres (St-Imier et Moutier), et dans deux régions plus enclavées que la nôtre, le pari hospitalier a été réussi pour 50.000 habitants seulement !
Les divisions neuchâteloises et surtout le démantèlement du site chaux-de-fonnier ont contribué à rendre le site imérien pérenne, car la direction de cet établissement a su jouer sur la diversification de son offre de soins, plutôt que dans la fermeture de spécialités (la disparition de la chirurgie ophtalmologique à La Chaux-de-Fonds est un autre exemple du fiasco de l’HNE, alors que deux cliniques privées sur trois du canton s’enorgueillissent de leur réussite en ce domaine). C’est un comble !
Au départ, l’hôpital du Jura bernois n’avait que peu d’atouts dans ses manches. Pire, ses handicaps étaient nombreux : déficit de la taille de ses établissements (des hôpitaux de district disposant d’une soixantaine de lits chacun, mais d’une maternité et d’une unité de surveillance intensive sur chaque site). De plus, il souffrait de la concurrence des proches hôpitaux régionaux de Delémont, Bienne et de La Chaux-de-Fonds.
Autre précision de taille : la commune de St-Imier ne compte que 5.000 habitants, contre 40.000 habitants pour la ville de La Chaux-de-Fonds, et le trajet entre les deux communes nécessite quinze minutes seulement…
Vous comprenez mieux désormais tant le désarroi que la colère des Montagnons !
Ce dossier est devenu une bataille de tranchées. Nombre de médecins cadres sont partis et d’autres partent encore. Il est fort à parier qu’à ces départs, l’on peut ajouter bien davantage de soignants et d’autres professions liées à l’hôpital, partis découvrir ailleurs si ambiance et qualité de travail y sont plus respirables. Car de cela on ne parle pas ou peu, et pourtant…
Personne ne veut perdre la face ni son confort, mais une chose me parait certaine : sans des investissements massifs du canton vers les Montagnes leur avenir est en danger. Et ce n’est pas l’ouverture d’un centre de traitement et de rééducation qui interdira ce déclin quand il arrivera. Au contraire, la perte des soins aigus pourrait le précipiter. Voyez-vous beaucoup de sociétés investir dans une région où leurs salariés doivent se déplacer pour se soigner, et où leurs enfants doivent faire de même chaque jour, dès quinze ans, pour étudier ?

Ma proposition :
Transformer Pourtalès, à moindre frais -puisque le bâtiment est récent- en centre de rééducation et de gérontologie, et réaliser à La Chaux-de-Fonds le centre unique de soins aigus du canton, conçu pour les exigences d’aujourd’hui et possédant une taille adaptée à l’ensemble de la population neuchâteloise. Ainsi, personne ne pourra alors dire que l’efficience médicale et que la sécurité des patients ne sont pas au coeur du projet.
Car Pourtales ne peut et ne saurait sans investissements très lourds, tel un rehaussage de certains de ses bâtiments, absorber un jour l’ensemble des lits des unités de soins aigus du site des Montagnes. Avec l’arrivée de nouvelles unités, il faudra réaliser un agrandissement du plateau technique. Mais où ? Le quartier de la Maladière est saturé.
Il faudra aussi tenir compte du fait que les riverains de Pourtales, se battront pour empêcher ces extensions (perte de la vue sur le lac pour certains, appartements plongés dans l’ombre des bâtiments hospitaliers pour d’autres, augmentation du trafic routier, problème de parcage des automobiles des salariés et riverains, dénaturation éventuelle de ce qui reste d’espace vert dans ce quartier urbain, … ). Et l’on ne parle de toute façon pas du coût de la création ou de la réaffectation d’un site unique de rééducation (hormis Couvet peut-être ?) pour le canton à La Chaux-de-Fonds.
Laurent Favre, récemment élu au Conseil d’Etat neuchâtelois (fin 2014) a eu pour slogan électoral « bâtissons ensemble ». L’heure de vérité sonne déjà !
A ce geste fort, qui fera monter un centre de formation dans les Montagnes, l’école d’infirmier(ières), cela permettra aussi de conserver dans les Montagnes le Centre de Transfusion Sanguine cantonal (qui rejoindrait rapidement Pourtales si celui-ci devenait ce à quoi certains le promettent), et aussi les laboratoires d’analyses médicales (Admed) et de microbiologie.
Ceci fait, l’ensemble des neuchâtelois comprendra que d’autres projets sont vitaux pour le canton (la route nationale refusée par le peuple suisse, mais aussi par une majorité d’habitants des districts du Littoral, et surtout un nouveau projet Transrun). Si les grandes régions du canton sont correctement équipées, que la diversification des emplois est assurée et que les moyens de transports sont enfin modernisés, l’avenir pourrait enfin être regardé en face avec sérénité. Si Neuchâtel et le Littoral continuent à phagocyter ce canton, les autres régions se transformeront tôt où tard en cités dortoirs et surtout elles dépériront et le canton avec. Est-ce vraiment cela que nous souhaitons ?


















