• Les Caves Ouvertes du Valais 2017

La dégustation des vins effervescents suisses, l’analyse d’Yves Paquier. (II)

Une dégustation de l’ampleur de celle qui s’est déroulée au Château de Colombier ne permet pas forcément un classement affiné par échantillon. Ce n’était pas le but, mais elle nous autorise à mettre en évidence quelques points.

Constatons d’abord que le nombre d’échantillons présentés 83, est significatif de l’extension de la part des effervescents dans la production vinicole helvétique. A cet effet depuis quelques années on trouve sur les prix courants de plus en plus de propositions portant sur l’effervescent de la production maison.

Autres constats : d’une manière générale les vins millésimés proposent des niveaux qualitatifs plus élevés, alors que les génériques peuvent se montrer décevants. On a relevé souvent que le vin de base présente des lacunes, par surmaturité principalement ou simplement par qualité très moyenne. La méthode de prise de mousse n’est pas forcément un critère absolu. On trouve aussi bien de la » cuve close » ou de la » méthode traditionnelle » sans que la différence soit forcément perceptible en première dégustation. Quelques « mousseux issus de gazéification passent bien l’épreuve. Relevons toutefois que la méthode traditionnelle est un plus qui en appui à un produit de haute qualité vineuse lui confère souvent un niveau supérieur.

Ce bref aperçu implique quelques remarques. La première est que le fait de vinifier des effervescents n’est pas la bonne option pour écouler les vins les moins qualifiés. La mousse ne masque pas les insuffisances. Le processus de vendange est spécifique il demande aux producteurs de raisins de s’y attacher au risque de proposer des matières dépourvues des qualités de fraîcheur nécessaires à l’élaboration des effervescents Le choix des cépages peut être révélateur d’une identité mais aussi d’une application favorable à ce type de vinification. La bouche doit percevoir une vinosité et une structure qui ne se cachent pas derrière la mousse.

Comme indiqué plus haut on ne fait rien de bien avec peu de chose. Une dégustation comme celle de Colombier doit permettre des réflexes de remise en question, des interrogations et pourquoi pas une mise en commun sous forme de formation ou d’assises autour de l’effervescence en Suisse.

On peut aussi dans une mesure de lisibilité pour le consommateur se doter d’une dénomination identitaire commune semblable à celle de Crémant qui est adoptée par la France et le Luxembourg.

L’engagement du dégustateur consiste à participer à l’évolution d’un produit et non d’être un censeur. Naturellement la détection des problèmes fait aussi partie du cahier des charges. Seul le partage et les échanges avec les producteurs permet, non pas une confrontation mais bien une volonté solidaire de partager une passion au service de notre viticulture et de son avenir.

Yves Paquier

Yves Paquier est jury dans de nombreux concours internationaux, mais aussi formateur, ancien trésorier de la FIJEV.

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A propos Laurent Probst

Mon blog sur les vins suisses, librement et avec plaisir (ce qui n'exclut pas quelques accès d'humeur). Mais pas que du vin, de la cuisine, des photos, des hors sujets parfois aussi. Bienvenue ...en Suisse ! En mai 2014 j'ai créé une société individuelle : Laurent Probst - Vin & Communication avec laquelle je propose des prestations payantes aux caves de Suisse romande : visites de caves, réalisation et publication de communiqués de presse, travaux d'écriture et de relecture de sites Internet, gestion et animation de pages professionnelles sur les réseaux sociaux, travaux photographiques, traduction FR/DE en partenariat avec un journaliste alémanique, vente d'espaces publicitaires, vente de vin. Je suis membre de la Fédération Internationale des Journalistes et Ecrivains du Vins (FIJEV), depuis 2011. Laurent Probst
Pour marque-pages : Permaliens.

2 réponses à La dégustation des vins effervescents suisses, l’analyse d’Yves Paquier. (II)

  1. Hervé Lalau dit :

    Laurent, salue Yves de ma part.
    A propos des effervescents suisses. N’ont-ils pas un nom propre, genre Cava, Sekt, Crémant? Sont-ils vendus sous le nom d’AOCs comprenant les autres types de vins? Ou hors AOC? Il y a t-il des zones plus propices, des cépages recommandés? La législation fait-elle la distinction entre méthode Martinotti (alias Charmat) et traditionnelle. La Suisse pourrait-elle revendiquer la mention Crémant?
    Merci d’éclairer ma lanterne d’étranger et joyeuses fêtes (« que pète la blanquette! » ou ce qui en tient lieu chez vous.)

    • Salut Hervé,

      Ainsi qu’écrit dans l’article III, la majorité des vins est issue du chardonnay et du pinot noir, mais il y a d’autres cépages aussi qui ont surpris et plutôt en bien, je pense par exemple à la cuvée L’Amignonne de Romain Papilloud, issue du cépage …Amigne (bravo pour le jeu de mot aussi).
      Il n’y a pas de distinction entre cuve close et méthode traditionnelle, cela semble être au bon vouloir du producteur, encore que, je ne me souvienne pas que l’on puisse lire « cuve close » sur une seule bouteille. Ainsi qu’Yves l’a écrit, « on fait rien de bien avec peu de chose », mais cela est vrai pour une petite partie des bouteilles dégustées. Le niveau qualitatif général est bon, avec des vins qui peuvent même être excellents et plus d’une fois d’ailleurs. Les vins millésimés ont vraiment bien sortis leur épingle du jeu.
      Il n’y a donc pas de terme générique existant, et l’on peut lire « Spumante », méthode traditionnelle, crémant (le vin Grison), vin pétillant… Bien trop de noms différents!
      La proposition de réaliser des assises du mousseux suisse est d’une grande sagesse. A méditer!

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