Les sept vies d’Enrico Trapletti !

A cinquante ans, Enrico Trapletti sait depuis longtemps où il va. Après avoir été conducteur de train, restaurateur et vigneron le tout à la fois, le natif du Mendrisiotto, est surtout un vigneron et un vinificateur reconnu. Il encave ses raisins (en réalisant lui-même le travail de certaines parcelles) pour sa propre production, mais en vend aussi une partie à des négociants. Croyez-vous qu’il manque d’occupation ?  Non, il vinifie les vins pour d’autres caves, et il reste le propriétaire de son restaurant à Coldrerio, sa commune.

Reconnu pour la qualité de ses vins, il est membre de la Mémoire des Vins Suisses.
Très attaché à son terroir, l’homme est humble, passionné et créatif. Il se définit comme un homme de la terre, un parfait autodidacte, et, malgré le statut qui est le sien, il continue de se considérer comme un « hobbyiste« .

Enrico Trapletti, c’est aussi Monsieur Nebbiolo au Tessin. Un cépage qui était déjà planté dans le canton avant la crise phylloxérique, et l’arrivée du Merlot il y a plus de cent ans (un cépage qui représente 90% de la surface viticole du canton). Un cépage qui est assurément une source d’inspiration pour lui (voir plus bas).

 

La dégustation des vins :

Nous avons débuté avec les vins mousseux, tous intégralement réalisés par Enrico dans sa nouvelle cave de Balerna.
Nous avons poursuivi avec des vins tirés de la cuve (non notés) et d’autres en bouteille.
Bonne lecture  !

Bola : assemblage de chasselas (90%) et de merlot (10%). Vinifié Brut.
Vigne de chasselas sur le Monte Giorgio, âge de 30 ans. Pour Enrico, c’est le terroir le plus approprié pour le cépage au Tessin.

Au nez, notes de fleurs blanches, d’ananas, de beurre frais, de brioche.
Bouche bâtie sur la fraîcheur. La bulle est très fine, agréable, car non agressive, et persistante.
C’est un très joli vin tout en finesse, et avec beaucoup de fraîcheur. Il est équilibré et long.
C’est une très jolie réussite. La matière a reposé 10 mois sur les lies.
Ma note : 90 points

Godié Brut 7 : Voilà un un Nebbiolo (un cépage qu’Enrico Trapletti a réintroduit avec succès au Tessin) : élevage de 24 mois sur lies. Pas de dosage.
Nez sur des notes de fruits jaunes : pèche, l’ananas et d’épices : réglisse, d’étoile de badiane.
La bouche est vraiment très intéressante pour sa fraîcheur.
Enrico aime aussi le Nebbiolo pour son acidité. C’est un vin mousseux qui a un caractère minéral affirmé, un style très propre, élégant, à nulle autre pareil. C’est en aucun cas un vin flatteur, mais plutôt une cuvée pour des puristes, réalisée par un passionné pour ceux qui sauront apprécier un vin non conventionnel. Très belle longueur en bouche.
Ma note : 92 points. Coup de cœur.

Godié Brut 5 : note de boisé (grillé, un peu de vanille aussi), et de fruits blancs : pomme et poire.
40 mois d’élevage.
En bouche, c’est un vin à la matière conséquente, avec toujours une bulle très fine et un équilibre réussi. Il faut envisager cette cuvée à table, voire pour un usage gastronomique, plutôt qu’apéritif, car il est puissant et vineux. Mais il reste frais et long.
Ma note : 90

Enrico Primo I :  assemblage de chardonnay (80%) et de pinot gris à 20% (600 m d’altitude). Elevage sur lies durant 30 mois.
Très joli nez, puissant et complexe, avec des notes de beurre frais, d’anis et de pâte d’amande
La vinification alcoolique a été réalisée en barrique.
La bouche est vineuse, franche, elle est fraîche, portée par une très jolie finesse des bulles.
L’équilibre extra brut, parfois gênant sur certains vins n’est pas un problème sur celui-ci.
Ma note : 90

Enricus I : le vigneron va toujours plus loin dans ses recherches : 48 mois sur lies plus un an en bouteille, et aucun sulfite ajouté.
Notes de beurre frais, de noisette, de pâte d’amande. La bouche est droite, grasse, mais l’acidité du chardonnay et bien là pour tempérer la riche matière. Belle longueur finale.
Ma note : 90

Voici 5 vins aux nez purs et fruités, offrant des bulles très fines, et des bouches fraîches et délicates. Pour quatre de ces vins, Enrico utilise des levures champenoises. Pour l’assemblage de chasselas et de merlot, son choix s’est porté sur une levure italienne de Franciacorta.

Le résultat est bluffant de par la qualité moyenne des vins réalisés. Chapeau !
Les lecteurs doivent savoir que les caves qui réalisent des vins effervescents de méthode traditionnelle sont rares. Une petite poignée. La plupart des caves faisant appel à des prestataires de service, souvent hors canton.

Avigia 2017 :  vignes situées à Monte Giorgio et à Arzo :
Ce vin est très marqué par le fruité du sauvignon blanc avec des notes de cassis, de lierre et d’ananas, alors que pourtant, la part de ce cépage est inférieure à 10 %.
La grande majorité de ce vin provient du cépage chardonnay.
La bouche est très fraîche, tendue, sèche. C’est un vin sans compromis, avec une légère amertume finale apportée par la barrique, ce qui est selon moi davantage un élément de complexité qu’un défaut.
Le millésime 2018 sera mis en vente en fin d’année.
Ma note : 90-91

Trapletti 2017 : Merlot Riserva : terroir de Coldrerio 100 % merlot.
Un vin tiré de la cuve, et qui n’est bien sûr pas filtré.
Au nez, notes de fruits rouges : fraise et framboise, mais aussi d’épices et une note végétale évoquant le lierre. La bouche est charnue, franche, fraîche, portés par de jolis tanins souples mais serrés. Un vin long et équilibré, avec une discrète note de réglisse sur la finale qui est très fraîche.

Culdrée 2017  : c’est le même vin que la cuvée Trapletti, mais élevé en barrique. Celui que je goûte est tiré de la barrique (300 voire 400 litres), il va y passer 24 mois. La robe est plus profonde. Le nez est intense, sur les fruits rouges et les épices (étoile de badiane à nouveau) bouche structurée et suave à la fois, tanins encore marqués mais sans dureté.
C’est un vin puissant, élégant, bâti pour la garde. Il a conservé beaucoup de fraîcheur.
Long en bouche, il va demander un plat fin et goûteux. Le boisé est grillé et toasté, mais complètement intégré. A revoir de toute façon, puisque ce vin n’a pas fini son élevage.

Nebbiolo 2012 : Enrico me dit que les ceps sont encore très jeunes. Il ajoute aussi que le cépage Nebbiolo n’aime pas le fût neuf.
La robe est d’un rubis sombre. Nez sur des notes d’épices (à nouveau étoile de Badiane) associée à une note de fumée, et aussi de fruits rouges. La bouche a des tanins fondus, pas très puissants, mais bien présents, et une très belle acidité. C’est un vin équilibré et long, délicat car d’une grande finesse, et donc très digeste.
Ma note : 92

Nabuma  2009 :  Une cuvée d’assemblage : 60 % nebbiolo, et aussi de merlot, de petit verdot et d’arinornoa noir.  300 % de bois neuf suisse (pour mieux contredire ce qui avait été dit plus haut concernant le cépage Nebbiolo). On vise davantage de concentration. Aussi les branches à fruit sont-elles coupées dès fin septembre. La macération a été longue : six semaines.
Robe sombre, aux reflets violacés. Au nez, une première note d’eucalyptus apparaît, puis d’herbes évoquant la garrigue, offrant à ce vin un caractère très méridional, puis de fruits noirs et aussi un caractère balsamique.
La bouche offre beaucoup de concentration et de richesse, mais aussi une importante acidité qui équilibre cette riche matière. Très jolie longueur finale.
C’est un vin très jeune qu’il faut absolument carafer et marier avec une viande goûteuse, voire même confite.
Ma note : 93

Merlot Riserva 2016 : Note de fumée au nez et de fruits noirs (un vin typé merlot, très suave, mais pas rond, encore marqué par l’élevage en barrique. Il est fin et délicat, dévoilant un beau caractère. Volume et acidité agréable et très jolie longueur.
Ma note : 89

Trapletti Rosso 2016 nez puissant et intense, fruits noirs, sureau, eucalyptus,
2 ans d’élevage pour lui et Merlot Riserva.
80% merlot, 10 % cabernet franc, et 10% nebbiolo, beaucoup de richesse mais avec de la fraîcheur,
fin, long. Tannins un peu accrocheurs et c’est normal, car c’est un vin qui mérite de la garde.
Ma note : 90

Culdrée 2015 : premier nez sur le boisé (un aspect toasté grillé très fin), puis à nouveau les fruits noirs. En bouche, un acidité marquée mais équilibrée se perçoit dès l’attaque. L’ensemble est riche et structuré, mais très fin, long et avec du potentiel. 40 jours de macération 2 ans de barrique.
Ma note : 91

 

Suite à cette très belle dégustation, nous avons poursuivi le moment passé ensemble en visitant des vignes de Pedrinate et de Colderio (voir les photos dans la galerie ci-dessous).

 

Où acheter ces vins :

Tenuta Vitivinicola Trapletti SA
Via P.F. Mola 34
CP 51
CH – 6877 Coldrerio

Courriel : ufficio(at)traplettivini.ch   Madame Sonja Stappa-Raselli se fera un plaisir de vous renseigner en français.

Telephone : +41 (0)91 630 11 50