Le goût des autres

Il est une école en Suisse qui pourrait défrayer la chronique si l’on y découvrait ce qui passe en ses murs. Quel bal étrange mène ces cohortes d’étudiants venant d’horizons aussi divers que variés. Quel mal les rassemble ? Le vice ? La luxure ? L’hédonisme ou plus simplement la Passion ? Eh oui, nous y sommes. La Passion ! Etrange sensation qui un jour se développe sans crier gare. Surtout pour quelque chose (une boisson !) considérée par la plupart des gens -au mieux- comme désaltérante, au pire, totalement insignifiante. C’est pourtant bien du vin que je vous parle.

D’ailleurs, comment peut-on s’intéresser de manière aussi obsessionnelle à un simple aliment. « Simple ?» me direz-vous. Une boisson à base de jus de raisin fermenté ne peut être simple (bonne, c’est une autre question), mais simple, en tout cas pas ! Et c’est peut-être bien là que se cache le secret, au plus profond de cette fermentation crachante et bouillonnante, au milieu de ce magma de vie. C’est bien ici que la plus passionnante des histoires pourrait prendre sa source, celle du vin !

Alors école ou hôpital pour grand malade ? Définitivement école ! Car on en apprend à l’école du vin de Changins ! De l’initiation à la dégustation au brevet d’expert juré de Changins en passant par les bases de la viticulture et de la vinification en cours pratiques chez un vigneron puis en faisant une grande boucle par les cépages du nord , du sud, en rouge, en blanc, puis en découvrant les accords mets et vins, les terroirs, les secrets du café, des cigares, des vins spéciaux, le programme offre une multitude de modules permettant de remplir bien des journées et des soirées. Depuis plus de 10 ans maintenant, un nombre incalculable de passionnés, de professionnels, de journalistes, de parfumeurs, d’entrepreneurs et plus récemment de bloggeurs (et j’en connais) se sont retrouvés sur les bancs de cette école alliant le sérieux de l’enseignement au plaisir de la dégustation.

Sérieux, oui ! Car nous dépendons tout de même de l’école d’Ingénieurs HES-SO, filières viticulture, arboriculture et œnologie. Et un ingénieur-œnologue après avoir appris tout ce qu’il a appris, ça ne rigole plus, ça déguste même sec ! 😉

Mais Changins, c’est aussi une école de la rencontre. On y croise beaucoup de gens passionnants, mais c’est finalement avec soi-même que l’on se retrouve ou plutôt que l’on se découvre. Car Changins nous invite à la découverte de nos sens. C’est un révélateur, qui au fil du voyage, nous permet de mettre en mots ces sensations autrefois fugaces et anonymes. Merci les enseignants, merci également les autres étudiants. Changins est une occasion unique de pouvoir se confronter aux autres et d’apprendre finalement que la dégustation c’est avant tout l’apprentissage de l’humilité. Que le goût des autres, n’est pas le nôtre et que la vérité est en chacun.

Claude Ecuyer

Je remercie sincèrement Claude d’avoir accepté d’écrire ce texte, tout en le priant de m’excuser pour le retard pris à le publier. Par passion, Claude est devenu un « micro-caviste ». Son commerce, une boutique en ligne uniquement, est basée en Suisse romande. Le choix des producteurs et des vins est volontairement restreint, soit une sélection ciblée et assumée (les « géants » de la branche ne diront pas le contraire je sais). Claude évoque des vins d’auteurs et de terroirs (de Suisse et d’ailleurs).

Le nom de sa boutique est Vignobles-online.

Laurent

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