Faut-il rendre son anonymat à Diego Mathier ?

Si vous croisez un jour Diego Mathier, vous le reconnaitrez aisément même sans l’appui d’une photo au préalable pour vous y aider. Grand et rond (il possède un embonpoint indiscutable propre aux bons vivants), des cheveux blonds clairs courts, impeccablement taillés et coiffés. L’homme a un visage poupin arborant systématiquement un grand sourire -quasi jovial- lors de ses apparitions publiques, des yeux bleus eux aussi rieurs, que ne cachent surtout pas ses fines lunettes.

Vous le verrez aisément à Vinéa, où sa cave est présente, marchant dans la rue -verre en main bien sûr. Mais on le croise aussi et surtout chaque année lors de la soirée de gala du Grand Prix du Vin Suisse où sa cave fait des étincelles à l’allure …de feu d’artifice national !

Que les choses soient dîtes une fois pour toute : en dépit de la pluralité des vainqueurs précédents, le salquenard est devenu l’homme à battre à chaque nouvelle édition du GPVS. En 2013, il sera celui qui sera le plus souvent appelé à monter sur le podium lors de la soirée de gala.

Sa cave ayant obtenu au concours  13 médailles d’Or (sur les 144 glanées par les vignerons valaisans !), mais surtout, cinq de ses vins sont nominés dans les 12 catégories ! Un retour au sommet dont tout le monde parle -avec irritation ou envie- après qu’il ait observé une pause l’an dernier faisant suite à son triomphe en 2011. Seule la coopérative Provins, avec 10 médailles d’Or, 19 d’Argent et 04 vins nominés semble ne mesure de lui contester le titre de Meilleur Vigneron Suisse de l’année 2013.

Cacherait-il dans une de ses poches une queue de lapin porte-bonheur ou un autre talisman ?

Je ne le pense pas. La stratégie mise au point pour le concours semble plutôt avant-gardiste tout en étant pleine de bons sens, car elle …fonctionne ! Assurément, Diego Mathier a mis au point la martingale la plus perfectionnée du GPVS, car, dans une cave de cette taille -comme dans une autre d’ailleurs- il n’y a pas de place pour l’improvisation pour obtenir une telle régularité de résultats aux concours. La base étant le travail réalisé  à la vigne et en cave par une équipe compétente et bien dirigée.

Rappelons que la cave « Adrian & Diego Mathier Nouveau Salquenen AG vinifie quelque 100 ha en Valais, dont 25 en propriété.

Mais cette stratégie quelle est-elle ? Une certaine forme de « banco » dirai-je (je ne suis pas dans le secret des Dieux). Quand certains (vignerons ou caves) décident de présenter leurs meilleures cuvées et uniquement celles qu’ils jugent les plus dignes du concours, Diego Mathier semble élargir sa participation à ses « outsiders ». Avec raison. Le meilleur vin du monde n’existant pas, autant proposer aux palais des jurés des vins différents afin d’augmenter ses chances. Bien malin qui saurait identifier la patte du vinificateur (Cédric Leyat) de toutes ces cuvées dans un concours anonyme !

On l’a vu, le résultat est probant. Plus de 300 médailles d’Or à de multiples concours sont là pour en attester. Mais surtout, les yeux de la planète viticole confédérée sont systématiquement rivés sur les résultats de la cave du Nouveau Salquenen  une première fois lors de la publication des résultats du concours, au mois d’août, puis fin octobre lorsque nous avons connaissances des résultats finaux.

De pleines pages de publicité gratuite dans l’ensemble de la presse helvétique, et un rapport « gains sur investissement » (*)  exceptionnel. Voila de quoi aider à bien fidéliser les clients et en obtenir de nouveaux régulièrement. Chapeau !

C’est à se demander quand d’autres producteurs lui emboiteront le pas, histoire de venir le titiller sur ce qui semble aujourd’hui être devenu pour lui une véritable chasse gardée ! Car aujourd’hui, une chose est certaine, Diego Mathier n’a rien d’un « Anonymous » dans le monde du vin suisse.

Gageons qu’Elisabeth Pasquier et l’Association Vinéa ne verraient pas d’un mauvais oeil une augmentation de la participation des vins au concours qu’ils organisent avec le magazine Vinum, alors que celui-ci se porte pourtant bien et bat régulièrement ses propres records de participation.

Diego Mathier N°1 (ä droite) accompagné d'Olivier Lavanchy, vigneron neuchâtelois.

En 2011, Diego Mathier (à droite) venait de gagner le Premier prix des vins blancs d’assemblages. Il est ici accompagné sur ma photo d’Olivier Lavanchy, vigneron neuchâtelois.

 Et en 2013 à vôtre avis…? Réponse le 29 octobre 2013 vers 22h00 !

 (*) Tous les concours de vins sont payants. La somme est identique selon qu’il s’agisse d’un vin d’entrée ou de haut de gamme.

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A propos Laurent Probst

Mon blog sur les vins suisses, librement et avec plaisir (ce qui n'exclut pas quelques accès d'humeur). Mais pas que du vin, de la cuisine, des photos, des hors sujets parfois aussi. Bienvenue ...en Suisse ! En mai 2014 j'ai créé une société individuelle : Laurent Probst - Vin & Communication avec laquelle je propose des prestations payantes aux caves de Suisse romande : visites de caves, réalisation et publication de communiqués de presse, travaux d'écriture et de relecture de sites Internet, gestion et animation de pages professionnelles sur les réseaux sociaux, travaux photographiques, traduction FR/DE en partenariat avec un journaliste alémanique, vente d'espaces publicitaires, vente de vin. Je suis membre de la Fédération Internationale des Journalistes et Ecrivains du Vins (FIJEV), depuis 2011. Laurent Probst
Pour marque-pages : Permaliens.

2 réponses à Faut-il rendre son anonymat à Diego Mathier ?

  1. Christian V. dit :

    Belle description de la situation de quasi monopole établi par Diego Mathier.
    J’ai une admiration toute particulière pour la régularité de cette cave même si je ne suis pas « fan » des vins proposés, qui répondent à une attente des dégustateurs de concours.
    Par le passé, on a déjà vu des caves truster les avant-postes, puis s’effacer. Cette remise dans le rang avait deux raisons principales: soit la cave ne produisait plus aussi bon ou soit son but a été de produire différemment (plus écologique, des vins avec plus de profondeur, ….).
    On peut mesurer la grandeur d’un champion à son nombre de titre mais dans cette quête infernale, seul Federer aura su ajouter l’élégance. Gageons que la stratégie et les vins du Nouveau Salquenen se dirigent aussi vers plus d’élégance que d’opulence.

  2. Damned,

    J’apprends de source bien informée, que Diego Mathier a changé de physionomie. Aussi, toute ressemblance avec le profil tiré par mes soins il y a quelques jours est devenu caduque. Cherchez donc plutôt un grand blond, peut-être maigre, avec de fines lunettes cerclées de métal. Encore que… peut-être porte-il aussi des lentilles de contact depuis.

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