A la cave de Chambleau avec « Loulou »

Quel coup d’oeil depuis la terrasse de Chambleau ! Il ne doit pas y en avoir beaucoup dans le canton des balcons offrant une telle vue sur le lac de Neuchâtel, et face aux alpes fribourgeoises. On se trouve à quelque soixante mètres au-desus du niveau du lac. Le panorama est grandiose, et la terrasse parfaitement entretenue y ajoute un supplément de charme indéniable . Quand « Loulou » me dit « ici, c’est mon paradis » je n’ai aucune peine à le croire. Mais il ne se prélasse pas pour autant sur un transat une lyre à la main…Chambleau, est un domaine viticole de 14 hectares (15 sont encavés puisque Louis-Philippe achète la récolte d’un hectare supplémentaire appartenant à des voisins). Une grosse majorité des vignes se trouve à proximité immédiate de la cave. Une petite partie se situe plus proche du lac. Il s’agit surtout de vignes de chasselas.De par son nom, Chambleau  a une histoire -presque- récente. La première bouteille portant ce nom date de 1940. L’ancien propriétaire avait créé ce nom, avant le rachat de la cave par le grand-père de Louis-Philippe. Il serait très vraisemblablement la contraction de Chambord et de Fontainebleau. Et ça sonne plutôt bien !

Longtemps, la cave de Chambleau aura été membre de la cave coopérative de Corcelles-Cormondrèche (les caves du Prieuré). Le grand-père et le père de Louis-Philippe ayant présidé chacun celle-ci durant un quart de siècle. Mais Louis-Philippe ne se voulait pas que vigneron. Son but, était de vinifier, de tester et d’expérimenter. C’est pourquoi il a choisi dès 2006 de suivre sa voie, d’être un vigneron-encaveur indépendant.

Louis-Philippe Burgat.(source photo OVPT de Neuchâtel).

La progression aura été rapide. Dès 2010, le domaine devient membre de l’association Mémoire des Vins Suisses, avec la cuvée Pur Sang. .

Le pinot noir règne en maître : deux tiers de la surface de l’encavage lui sont dévolus. Un hectare partagé en trois parcelles choisies par Louis-Philippe est destiné à la cuvée phare. Les rendements sont de l’ordre de 450 grammes par mètre carré.

Ce n’est pas le seul cépage rouge. Il y a du gamaret et du garanoir (entre 2,5 et 3 ha). La première plantation de ces cépages date de 1988. Mais aussi du galotta. Enfin, il y a d’autres cépages plantés, souvent expérimentaux. Ce sont de petites parcelles, parfois une seule rangée de ceps comme l’IRAC 2091, un cépage qui semble ne nécessiter aucun traitement à la vigne. Il y a aussi du cabernet-jura (une création de Valentin Blattner, à Soyhières dans le canton du Jura).Du côté des cépages blancs, outre le chasselas, il y a aussi du chardonnay, du pinot gris, un peut de riesling-sylvaner, du gewurztraminer et du Solaris.

 

Voici les vins dégustés en compagnie de Louis-Philippe Burgat :

La Blanche Loye 2011 : un vin mis en bouteille depuis quelques jours seulement, il n’est pas encore commercialisé. Elevage sur ses lies en foudres de 450 à 600 l (demi-muids)où il a fait ses deux fermentations, il se présente entre fraîcheur et finesse, mais aussi avec un volume intéressant (les lies ont fait l’objet d’un bâtonnage. Nez complexe entre note miellée, de fruits blancs, de levure. Belle longueur avec un tout petit amer décelé, mais bien intégré dans une finale légèrement ronde, mais le vin est sec. Blanche Loye ? Ce terme voulait dire « raisin blanc » (donc chasselas à l’époque à Neuchâtel).

Chardonnay barrique 2011 : Nez fin et fruité où l’on perçoit aussi un peu le boisé aujourd’hui, de façon discrète. Jolie bouche, bien droite et ferme, mais fraîche, avec une petite note citronée, minérale également, et de belle longueur. Un vin jeune déjà équilibré, qui me parait prometteur. Il n’est pas destiné à une consommation immédiate. Deuxième fermentation faite partiellement.

A Chambleau le pinot noir se décline en trois cuvées :

Pinot noir 2011 : Le pinot noir neuchâtelois « classique ». Mise en bouteille à la mi-août. Il s’avère gouleyant, fringant, franc. Notes florales et kirschées accompagnées d’une note fumée. Les tanins sont encore un peu marqués, mais il faut le revoir d’ici un an sinon deux, pour que ces derniers soient un peu polis. La finesse prendra alors le dessus. Bonne longueur.

Cuvée Charlotte 2010 : le pinot noir est décliné en trois version. Après la cuvée « Classique » voici le premier des deux vins élevés sous bois.

Joli nez, floral (pivoine), de petits fruits rouges (fraise, groseille). En bouche, les tanins sont serrés, sans dureté, le vin se dévoile prudemment, lentement. Un joli vin fin et frais, long, qui méritera d’être attendu !

Pinot noir cuvée Pur Sang 2009 : voici le pinot haut de gamme des caves de Chambleau. Ce vin est le fruit de l’observation des parcelles et de la sélection de trois d’entre elles. La surface de ces dernières représente un hectare de vigne. Louis-Philippe élève cette cuvée durant deux ans en barriques. Les rendements sont sévèrement contrôlés, de l’ordre de 400 gr au mètre carré chaque année. Le nez n’est pas le plus expressif on le comprendra, le fruité évoque les fruits noirs, tels le sureau, mais aussi la réglissse. La bouche, est puissante, concentrée, les tanins sont gras. Je trouve cette bouche plus ouverte, plus harmonieuse que quelques semaines plus tôt lorsque j’avais dégusté ce vin à Zürich lors de Mémoire & Friends. Belle longueur. A savoir attendre patiemment. Ce vin est l’un des finalistes  de la catégorie Pinot Noir du Grand Prix des Vins Suisses qui se déroulera à Berne le 23 octobre prochain.

Galotta 2011, « L’Ephémère » : voici ma deuxième rencontre avec ce cépage, après le vin de Benoît Dorsaz dégusté l’an passé (voir ici). Impossible donc de partir à la recherche d’une quelconque typicité. Ce cépage arrive à maturité après le pinot noir me dit Louis-Philippe. De fait, cette cuvée aura été vendangée en même temps que la cuvée Pur Sang. C’est un assemblage d’ancelotta et de gamay.

Macération pré-fermentaire de quatre semaines, fermentation en bacs avant élevage en barrique durant une année (le galotta semble être très réducteur). D’emblée, je note beaucoup de finesse qui équilibre la concentration. Un vin dense, concentré, et équilibré, dôté d’une belle acidité en bouche. Un joli vin qui possède du potentiel. Très apprécié.

« L ‘enfant Sauvage » 2011, cépage solaris. Ce cépage est de maturité très précoce . Il n’a pas nécessité de tries, un seul passage pour sa récolte aura suffit. La parcelle est loin d’être anecdotique : 3300 m 2. Nez agréable et étonnamment complexe, entre pomme verte, citron, abricot. En bouche, l’équilibre est là, il est de type moelleux (il subsiste une dizaine de grammes de sucre résiduel), le vin est souple, frais, désaltérant et de belle longueur, mais l’on sent une toute petite note foxée tout de même. Pour renforcer la sensation de fraîcheur et préserver le fuité, il n’a pas été fait de deuxième fermentation. Rendements que l’on peut qualifier de dérisoires : moins de 300 gr au mètre carré.Le 02 octobre, les vendanges n’ont pas encore commencé à la cave de Chambleau, le cépage Solaris montre déjà des baies bien flétries.

Cuvée Quintessence 2011, cépage gewurztraminer. C’est un vin de paille. Vendanges tardives, non surmaturées. Les caissettes sont placées dans un galetas ventilé jusqu’à fin décembre ou début janvier et la concentration des baies est de l’ordre de 160 à 170° Oechslé. Au nez, c’est complexe :  des notes d’abricot, de rose, de litchi, de pâte de fruits. En bouche, il y a un joli gras, la liqueur est discrète, il y a de la structure certes, mais l’ensemble est fin, frais et élégant, sans lourdeur et de belle longueur.

Merci Loulou pour ton accueil, à bientôt.

Le Domaine de Chambleau se trouve  à Colombier (Neuchâtel).

Le site de Chambleau

 

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A propos Laurent Probst

Mon blog sur les vins suisses, librement et avec plaisir (ce qui n'exclut pas quelques accès d'humeur). Mais pas que du vin, de la cuisine, des photos, des hors sujets parfois aussi. Bienvenue ...en Suisse ! En mai 2014 j'ai créé une société individuelle : Laurent Probst - Vin & Communication avec laquelle je propose des prestations payantes aux caves de Suisse romande : visites de caves, réalisation et publication de communiqués de presse, travaux d'écriture et de relecture de sites Internet, gestion et animation de pages professionnelles sur les réseaux sociaux, travaux photographiques, traduction FR/DE en partenariat avec un journaliste alémanique, vente d'espaces publicitaires, vente de vin. Je suis membre de la Fédération Internationale des Journalistes et Ecrivains du Vins (FIJEV), depuis 2011. Laurent Probst
Pour marque-pages : Permaliens.

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