2000-1990, une verticale de onze vins liquoreux chez Benoît Dorsaz (et plus encore)

« Dorsaz et Fully, à l’époque, j’avais trouvé que cela faisait  …commun (!). J’avais donc appelé ma cave Coronelle, du nom d’un petit serpent inoffensif ressemblant à une vipère » (colubridé discret mais présent dans les vignes de Fully). Un nom qui s’est rapidement avéré inusité par les sommeliers mais aussi les journalistes. Aussi Benoît Dorsaz l’a t-il abandonné (en pratique) dès 2003.

Samedi 28 mai, Benoît Dorsaz accueillait dans son carnotzet 17 personnes, amis et clients, pour leur proposer une dégustation verticale de ses vins liquoreux. Une remontée dans le temps sans fard, pour une dégustation au rythme de la vie et du travail du vigneron.

Au cours de cette dégustation, nous aurons « croisé » deux cépages : la malvoisie (pinot gris) et la petite arvine, cépage valaisan intimement lié à la commune de Fully. Ils auront été parfois assemblés, mais le plus souvent vinifiés séparément, et élevés soit en cuve soit en barrique.

J’ai écrit barrique au singulier, car Benoît consacre un peu plus de mille mètres carrés de ses vignes (cinq hectares) à la réalisation d’un vin liquoreux. L’arvine 2010 « Grain de Folie », représentera une feuillette seulement (1/2 barrique, soit 112 litres), la moitié d’une production habituelle. La vendange a été récoltée en janvier 2011.


Le premier vin est l’assemblage Métissage 2000. Un vin réalisé lors de trois millésimes seulement. Robe or brillante avec des reflets orangés. Nez complexe, avec des notes d’abricot, de safran, d’étoile de badiane. La bouche est riche, fondue, mais on perçoit encore une grande richesse de liqueur. En ensemble frais, possédant une belle vivacité. Il fait jeune, il est équilibré, peut-être un tout petit peu asséchant en finale. C’est fort bon !

Millésime 1999, voici l’Arvine Grain de Folie. Un vin membre de la Charte Grain Noble ConfidenCiel (née un peu plus tôt en 1995 ou 1996). Pour réaliser ce vin, Benoît utilise pour partie des ceps plantés par son grand-père en 1931 dans le terroir des Perches. Les plus jeunes ont 20 ans (pour la Charte, les vignes les plus jeunes doivent avoir 15 ans minimum). Elevage durant trente mois en barrique. Belle robe jaune or, intense, brillante. Le premier nez était assez discret. Il s’est développé sur des notes d’orange et de fruits confits. Beaucoup de finesse en bouche, de vivacité (la magnifique acidité de la petite arvine). Un ensemble moins riche, davantage fondu et harmonieux que le précédent. C’est bien sûr très frais en bouche. Un registre où la puissance est en retrait.  Belle longueur, finale salivante.

Arvine Grain de Folie 1998 (GNC) : Un très beau millésime, sous évalué nous dit Benoît. Cela se confirme dans le verre. Robe superbe, nez magnifique, sur les agrumes (citron, pomelos). La bouche est d’une harmonie « ébouriffante ». Finesse et puissance se retrouvent certainement au point E de l’équilibre. Fraîcheur exceptionnelle et tonus, une longueur façon « queue de paon ». Un vin avec une classe à part. Tout simplement remarquable. Un bijou. Merci la nature, l’arvine, Maryline et Benoît. Et Chapeau !

Malvoisie 1997 (cuve) : intérieurement, je me dis que le vin suivant va souffrir après ce 1998 qui pourrait être le « parangon » de la dégustation. C’est bien sûr le cas, mais il faut relativiser de suite : changement de millésime, de cépage, d’élevage. Savoir apprécier un vin pour lui-même et chercher à faire abstraction de ce moment béni qui vient de passer.

Robe jaune moins intense, je trouve ce vin très légèrement oxydatif. Mais il y a aussi une très belle note d’eau-de-vie de prune et une autre miellée.  La bouche manque de structure car sa liqueur est plutôt faible. On perçoit assez fortement l’alcool en finale ainsi qu’une amertume bien marquée.

Métissage 1996 : assemblage de petite arvine et de malvoisie (1/3 – 2/3). Robe paraissant assez jeune, brillante. Au nez notes miellées, d’orange, d’écorce d’agrumes, La bouche possède davantage d’amplitude que celle du vin précédent. Elle est fondue, son acidité est bien marquée, un vin très agréable, bien que je ressente sur ce vin aussi une petite pointe d’alcool en finale et aussi une légère sècheresse. Quinze ans et parfaitement debout quand même.

Arvine Grain de Folie 1995 : Jusque là, nous avons peu parlé de la maturité des baies. Benoît évoque ici une récolte à 160 ° Oechslé. Un millésime faible en botrytis nous dit-il. Une nouvelle fois, la robe est claire, brillante, limpide. J’aime beaucoup l’attaque, très franche et fraîche. Nez sur des notes citronnées, de champignon (ce n’est pas un défaut), iodées. Pour la première fois aujourd’hui on évoque le caractère minéral d’un liquoreux. La liqueur apparait ensuite, nette, fondue, moins dense que pour le millésime 1998. Beaucoup de finesse, belle longueur. Une nouvelle fois un vin très équilibré.

Arvine 1994, élevée en cuve : « le dernier millésime difficile ». Notes d’agrumes puissantes (mandarine, orange). Un vin puissant, belle attaque, liqueur fine, note de botrytis intense, un vin qualifié de tendu par le vigneron, une impression ressentie par tous je crois. Très belle longueur.

Arvine 1993 (cuve également) :  Benoît évoque pour 1993 un grand millésime pour les vins blancs. Ce sera aussi le premier millésime pour l’arvine Grain de Folie (non dégustée ce jour). Une autre robe qui parait bien jeune (18 ans d’âge pour ce vin). Au nez et en bouche je retrouve une très belle note de citron vert, mais aussi des notes de pâte de fruits, d’abricot. Bouche grasse et souple (acidité en retrait), mais fondue. Un vin très équilibré et long. 85 bouteille et 31 demi bouteilles produites.

Arvine 1992 (forcément cuve pour ceux qui auront lu les lignes précédentes) :  Une nouvelle fois je suis surpris par la jeunesse de la robe, jaune clair. Une nez fruité sur le pomelos, la pomme blette (léger). Un ensemble fringant, frais, fin, long et lui aussi très équilibré. Production : 87 bouteilles ! Benoît rappelle que 1992 était connu comme un très bon millésime pour les vins rouges.

Malvoisie 1991 : robe jaune or, très dense. Note de miel d’acacias. Le nez parait une peu lourd (peut-être en raison de l’absence d’agrumes pour une fois?). Bonne attaque, puis le vin parait un peu lourd. En fait il est riche et gras, ne fatigue pas la bouche et semble lui aussi bien jeune pour ses vingt ans.

Malvoisie 1990 : Une dernière robe pour terminer. Il n’y avait pas de raison. Au nez, en bouche, voici le vin le plus réducteur de la matinée. On parle d’ailleurs de note pétrolée. Je retrouve une deuxième fois une note de champignon, agréable, et aussi de citron confit. Bouche grasse, veloutée, douce donc. Un vin en forme, avec une bonne tension. Pas au bout de sa route.

Nous ne sortirons pas du carnotzet avant un « rafraichissement » maison : le fendant de Fully 2010. Ce n’est pas le chasselas le plus vif dégusté ces dernières semaines, mais quelle minéralité. Un vin très fin et délicat.

Avant d’évoquer d’autres vins dégustés juste après, j’aimerais remercier Benoît pour son invitation à cette dégustation qui peut être considérée comme mémorable, tant par la qualité des vins, que par leur tenue dans le temps et aussi de leur potentiel futur. Le tout dans une ambiance décontractée et pédagogique.

D’autres vins dégustés : sans tarder et pour rester dans l’ambiance, je déguste l’arvine Grain de Folie 2008. Registre jeune bien sûr, équilibre cristallin en bouche, très belle liqueur, nez très pur, complexe et quelle longueur. Magnifique. Je reviens sur le Fully 2010 (fendant) avant de déguster le viognier 2010, aromatique, sec, dense, tanique même, mais frais. Coup de coeur pour la Petite Arvine Quintessence 2009 (barrique). Vin fruité. Un équilibre remarquable, une fraîcheur et une finesse superbes, un boisé parfaitement intégré. Grande longueur et typicité. Tout y est ! Quelques vins rouges aussi : trois vins 2009 très appréciés dans la gamme Quintessence : l’humagne rouge, très fine , distinguée, et « plus haut » encore, le cornalin et la syrah. Bien apprécié le Galotta 2010 que Benoît vient d’ouvrir à la demande d’un ami (du fruit et une très belle sève en bouche). Aussi savoureux que le 2009 (voir article précédent).

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A propos Laurent Probst

Mon blog sur les vins suisses, librement et avec plaisir (ce qui n'exclut pas quelques accès d'humeur). Mais pas que du vin, de la cuisine, des photos, des hors sujets parfois aussi. Bienvenue ...en Suisse ! En mai 2014 j'ai créé une société individuelle : Laurent Probst - Vin & Communication avec laquelle je propose des prestations payantes aux caves de Suisse romande : visites de caves, réalisation et publication de communiqués de presse, travaux d'écriture et de relecture de sites Internet, gestion et animation de pages professionnelles sur les réseaux sociaux, travaux photographiques, traduction FR/DE en partenariat avec un journaliste alémanique, vente d'espaces publicitaires, vente de vin. Je suis membre de la Fédération Internationale des Journalistes et Ecrivains du Vins (FIJEV), depuis 2011. Laurent Probst
Pour marque-pages : Permaliens.

Une réponse à 2000-1990, une verticale de onze vins liquoreux chez Benoît Dorsaz (et plus encore)

  1. Merci pour ces commentaires de dégustation. L’ aspect asséchant que tu signales semble venir de l’élevage, car tu ne le mentionnes pas pour les vins élevés en cuve. Les notes de champignons dans les liquoreux sont souvent présentes dans les années à fort botrytis.
    Les notes d’iode ( si elles ne sont pas inhérentes au cépage)peuvent être dues à des raisins touchés par la pourriture grise les années où le botrytis se développe difficilement, et rend les tries très difficiles. Ceci dit, à lire tes commentaires, les vins semblent de très belle facture, et pour certains de haut vol.

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